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Sécurité des soins : Big brother s’impose dans votre cabinet

Les médecins sont à  l'aube d'une révolution, et ils ne le savent pas. De quoi s'agit-t-il, d'un nouveau printemps arabe qui serait médical ? D'un changement de statut ? Non, selon le Pr René Amalberti, conseiller à  la gestion des risques à  la Haute autorité de santé, professeur de médecine interne et conseiller pour la prévention, à  la Macsf, cette révolution s'installera par la communication et l'impératif de sécurité des soins. Il a expliqué comment, dans le cadre du festival de la communication santé qui vient de se tenir à  Deauville.

Quelques données pour planter le décor : on note à  l'hôpital un événement grave par semaine dans un service de 30 lits, de 4 à  7 % des hospitalisations seraient liées à  des événements indésirables prenant leur origine en médecine générale*. En outre, un patient sur 1000 décède à  l'hôpital d'une pathologie différente de celle qui a suscité sa prise en charge. Ayant également occupé une fonction d'ergonome spécialisé en accidents et facteur humains pour l'aviation civile, le Pr Amalberti commente : « C'est énorme. C'est 1000 fois plus qu'en aviation civile où l'on ne recense qu'un accident par million de décollages. » De plus, ajoute-t-il, on ne sait rien du risque réel, intervenant en médecine de ville, ni en France ni ailleurs.

Pourquoi cette sinistralité qui nous place en queue de pelletons des pays anglo-saxons - et même nous sacre les plus mauvais d'Europe selon une étude de 2008 ? « II ne s'agit pas d'un problème de compétence, mais d'organisation et de coordination. La communication doit s'imposer comme une priorité » insiste le Pr. Amalberti.

L'homme aime bien les données chiffrées, en voici : il n'y a que 3 % des médecins généralistes qui sont prévenus du retour à  domicile de leur patient hospitalisé, 20 % seulement bénéficient d'un compte rendu d'hospitalisation au bout d'une semaine de séjour, 38 % des résumés de sortie des patients ne comportent pas les résultats d'analyse effectués durant leur hospitalisation. Vu du trottoir d'en face, cela donne : « Les généralistes n'écoutent pas les patients, ils sont souvent interrompus par le téléphone ou ils les interrompent en moyenne après 18 à  23 secondes de récit », souligne le spécialiste. Au résultat, près de 70 % des patients suivis dans une étude ont expliqué qu'ils n'étaient pas parvenus à  exposer leur problème en début de consultation. Alors que si on les laisse parler, 78 % y parviennent en moins de 5 minutes..

C'est sur ce triste constat qu'à  déboulé l'informatique communicante et tous les outils technologiques de l'information qui vont avec. Alors même que la médecine se transformait en profondeur, par la réduction des séjours à  l'hôpital, l'essor de la chirurgie endogène, de l'imagerie, de l'oncologie orale ou de la génomique. « Tous ces changements vont dans le même sens », explique le Pr. Amalberti.

Et, en plus, voilà  les femmes. « La féminisation de la profession va avoir un impact considérable. Les femmes ont inspiré le modèle de travail privilégié par les jeunes : en groupe, maîtrisé, avec une régulation du travail ». Régulation de l'amplitude horaire revendiquée alors que les déserts médicaux s'étendent et que les patients aigus sont devenus chroniques, très informés sur leur pathologie. Et très critiques, en conséquence, sur leurs traitements et leurs médecins.

« La télémédecine, dont les décrets d'application viennent d'être publiés, va devenir un impératif du système », affirme le Pr. Almalberti. Pourtant, la Caisse nationale d'assurance maladie n'a encore rien prévu de concret à  cet égard ».

Mais ce n'est pas tout. En plus des erreurs trop nombreuses, de la désertification médicale, de l'invasion des femmes. arrive la révolution financière. « En 2015, c'est à  dire demain, plus de 200 établissements auront fusionnés entre les secteurs publics et privés, contre 27 aujourd'hui. La moitié des lits aura fermé. On se prépare à  un séisme social, en terme de reconversion des professionnels », prédit le spécialiste qui souligne l'impératif d'une médiation par de la communication sociale. Enfin, last but non least, la société demande de la transparence à  tous les étages. « Big brother est en marche, il est en route ».

Mais le grand frère avance en désordre. Plusieurs tentatives de régulation, d'optimisation de la communication pour tendre à  l'optimisation des soins « ne marchent pas toujours ». Il en irait ainsi des check-lists mises en place en chirurgie. Les expériences de dossiers médicaux à  l'étranger, dans la majorité des cas, n'ont pas atteint les objectifs fixés, car « ce ne sont pas les outils qui donnent la solution ». Le Pr. Amalberti s'étonne ainsi que l'on ait autorisé, en France, les patients à  masquer leurs données de santé dans leur DMP : « A-t-on réellement réfléchi aux conséquences ? » jette-t-il.

L'outil, en effet, ne donne pas la solution dès lors qu'ils n'ont pas donné lieu à  apprentissage. Ainsi, 21 études sur 23 démontrent que le système informatique a augmenté les erreurs ! « C'est l'éducation dans l'usage et le temps qui y a été consacré qui est en cause », insiste le Pr. Amalberti en évoquant les graves incidents qui ont pu être causés par de mauvais paramétrages ou déparamétrages de machines (supprimées par les utilisateurs, pour ne plus entendre le bruit agaçant des alertes.). Le Développement professionnel continu (DPC) pourrait contribuer à  remettre les pendules à  l'heure dès lors, évidemment, qu'on veuille bien y consacre le temps nécessaire. Autre piste : le suivi des erreurs en continu, en ligne. « Les outils marchent, mais il manque toujours le temps pour exploiter et analyser les données » regrette-t-il.

Car les patients ne sont pas prêts à  abaisser leurs exigences. Ils dévorent le classement des hôpitaux, les sites d'information médicale en ligne. « Cette information est devenue un droit citoyen, mais le patient préfèrera toujours ses réseaux ». En revanche « aucune étude sérieuse n'a été diligentée sur l'impact de cette information dans la qualité des soins, alors que les patients peuvent être de bons contributeurs ». « Speak up », un site spécialisé américain, fait son miel de cette information-là , émanant du patient. Pour le Pr. Amalberti, il y a une urgence absolue à  former les médecins à  la communication et à  ses outils, à  commencer par le web 2.0. dont on ne sait, s'il est « catastrophique pour la sécurité ou potentiellement bon ». En attendant, le constat est qu'aujourd'hui, « 37 % des généralistes utilisent leur e-mail non sécurisé pour communiquer avec les patients ». Et 25 % laissent leur numéro de portable sur leur ordonnance, pour être joignables, alors qu'il faudrait « un apprentissage de cette communication, qui devrait être cryptée ».

*Enquête nationale sur les événements indésirables. Eneis 2, 2009 http://www.annals.org/content/147/4/224.full.pdf+html

E-SANTÉ-DMP par Catherine Le Borgne le 10-11-2011



      Date de rédaction : 12 novembre 2011 8 h 47

      Date de modification : 12 novembre 2011 20 h 47 min

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